Albert de JAEGER 1908 - 1992
Albert de Jaeger est l’une des grandes figures françaises de la médaille au XXe siècle. Sculpteur, médailleur, fondeur et orfèvre, il développe une œuvre singulière à la croisée du portrait, de la sculpture monumentale, de l’objet honorifique et de la mémoire nationale. Son parcours mène de Roubaix à Paris, puis à la Villa Médicis, avant de s’ancrer durablement à Meudon, où il installe son atelier et donne naissance à une part essentielle de son œuvre.
Premier Grand Prix de Rome de gravure en médailles en 1935, Albert de Jaeger appartient à cette génération d’artistes pour qui la médaille n’est pas un simple support décoratif, mais un véritable art du relief, du symbole et de la transmission. Son nom demeure aujourd’hui attaché à des œuvres marquantes, de la première médaille du général de Gaulle au Prix Galien, en passant par des monuments, des coffrets honorifiques et plusieurs centaines de créations éditées ou conservées dans des collections privées et institutionnelles.
Formation artistique
Né à Roubaix en 1908, Albert de Jaeger se forme d’abord dans le Nord avant de rejoindre Paris. Son apprentissage passe par les Beaux-Arts de Tourcoing, puis par l’École nationale des arts décoratifs et les Beaux-Arts de Paris. Ces années de jeunesse sont marquées par une formation exigeante, menée avec ténacité, jusqu’à l’obtention d’un premier prix de sculpture en 1933. Deux ans plus tard, en 1935, il obtient le Premier Grand Prix de Rome de gravure en médailles avec La Légende et l’Histoire, une distinction fondatrice qui lance véritablement sa carrière.
Cette première grande consécration le place d’emblée parmi les artistes majeurs de sa génération. La médaille n’est déjà plus, chez lui, une simple gravure de petit format : elle devient un espace de composition, de relief et de présence, porté par un regard de sculpteur.
La Villa Médicis : naissance d’un style
Le séjour d’Albert de Jaeger à la Villa Médicis, de 1936 à 1938, est décisif. Rome lui offre à la fois un cadre, une liberté et un horizon artistique élargi. Il y développe un langage personnel dans deux directions : d’un côté, un relief très sculptural, proche du bas-relief ; de l’autre, une approche plus gravée, plus nerveuse, où le visage semble suivre le regard du spectateur. Cette double sensibilité restera l’une des signatures de son œuvre.
Mais la Villa Médicis ne nourrit pas seulement le médailleur. Elle révèle aussi le sculpteur. Albert de Jaeger y produit des bustes, des torses, des portraits et des figures féminines, dans une atmosphère où l’héritage antique, la beauté classique et l’étude du volume occupent une place essentielle. C’est dans cette période que s’affirme également sa fascination pour la matière, la fonte, la ciselure et tout ce qui fait du métal un langage à part entière.
Meudon : la villa-atelier et l’ancrage d’une œuvre
En 1939, Albert de Jaeger acquiert à Meudon la maison Schacher, au 11 bis rue des Capucins, où il installe un atelier de fonderie. Cette villa-atelier devient le grand lieu de son œuvre. Plus qu’une résidence, elle est un laboratoire artistique, un espace de création, de conservation, de production et de mémoire. C’est là que prennent forme médailles, sculptures, coffrets et projets monumentaux.
Le site de Meudon est central dans sa biographie. Il relie sa vie intime, sa pratique de la fonderie, son travail sur les reliefs et son inscription dans l’histoire française du XXe siècle. C’est aussi à Meudon que s’écrit l’un des chapitres les plus forts de son parcours : celui de la Résistance et de la première médaille du général de Gaulle.
La Résistance et la première médaille du général de Gaulle
Pendant la guerre, Albert de Jaeger poursuit son travail dans des conditions difficiles. Son atelier devient un lieu de survie artistique, d’invention technique et de fidélité à certaines convictions profondes. D’après les documents familiaux et biographiques, il conçoit dans le secret, à Meudon, une première médaille du général de Gaulle, achevée en 1943 et diffusée à la Libération. Cette œuvre occupe une place fondatrice dans l’histoire de sa carrière.
Ce geste ne relève pas seulement de l’art du portrait. Il inscrit la médaille dans une histoire plus vaste, celle de la France libre, de l’espérance et de la mémoire. C’est à partir de là que le nom d’Albert de Jaeger s’associe durablement aux grandes figures du XXe siècle, et en particulier à Charles de Gaulle, dont il réalisera plusieurs variantes et séries au fil des années.
Après-guerre : Koenig, l’Europe et l’extension du champ artistique
À la Libération puis dans les années qui suivent, Albert de Jaeger occupe plusieurs fonctions importantes aux côtés du général Kœnig. Il devient notamment conseiller artistique et intervient dans le cadre de la zone française d’occupation en Allemagne, où il participe à des projets touchant à l’architecture intérieure, à la décoration, à la reliure, à la ferronnerie, au mobilier et à la fonderie d’art.
Cette période élargit considérablement son champ d’action. Albert de Jaeger n’y apparaît plus seulement comme un médailleur de talent, mais comme un artiste total, capable d’intervenir sur des objets, des espaces, des ensembles décoratifs et des symboles politiques ou diplomatiques. Les Portes de l’Europe, œuvre monumentale en bronze associée à cette séquence, témoignent de cette ambition à la fois artistique et historique.
Un sculpteur-médailleur au travail
L’un des aspects les plus remarquables d’Albert de Jaeger est son profil complet de sculpteur-médailleur. Les sources le décrivent comme sculpteur, médailleur, fondeur et orfèvre. Cette pluralité explique la densité matérielle de ses œuvres : chez lui, la médaille est pensée comme un volume, un modelé, une surface vivante. Elle relève autant du dessin que du métal, du plâtre, de la ciselure et de la patine.
Son travail combine plusieurs techniques : médaille frappée, fonte d’art, bronze doré, argenture, patines diverses, brunissage, coffrets assemblés autour d’un médaillon central. Cette approche globale explique pourquoi son œuvre déborde largement le cadre de la seule médaille pour rejoindre celui de l’objet d’apparat, du cadeau de représentation et de la sculpture commémorative.
Les grandes familles d’œuvres
L’œuvre d’Albert de Jaeger est vaste et diverse. Elle comprend des séries de médailles de personnalités, notamment autour du général de Gaulle, du général Kœnig, de chefs militaires, de figures politiques, d’artistes, de savants et de personnalités internationales. Elle comprend aussi des médailles de professions – la médecine, le notariat, l’avocat – ainsi que des médailles commémoratives consacrées à Napoléon, Saint Louis, Saint-Gobain, Wendel ou encore Meudon.
À cela s’ajoutent des médailles princières, des thèmes religieux, des œuvres liées à l’aviation comme le Concorde, des coffrets honorifiques, des reliures d’art, des sculptures, des bustes, des portraits et plusieurs monuments publics ou attestés. La collection particulière conservée à Meudon au moment de son décès montre bien l’ampleur de ce corpus, avec des variantes de formats, de finitions et de matériaux.
Quelques œuvres majeures
Parmi les œuvres les plus marquantes de sa carrière figurent naturellement la médaille du Premier Grand Prix de Rome, la première médaille du général de Gaulle, le portrait du général Kœnig, la série gaullienne développée ensuite, les médailles de professions, les médailles commémoratives de Saint Louis et de Napoléon, ainsi que plusieurs coffrets d’exception. Le dossier consolidé mentionne aussi un noyau particulièrement solide d’œuvres attestées, comme le Prix Galien, le coffret de l’ordre national du Mérite, le mariage de Rainier III et Grace Kelly, ou encore diverses pièces liées à l’univers gaullien.
Côté sculpture monumentale, plusieurs réalisations ressortent : la maison-atelier de Meudon comme lieu patrimonial majeur, la Croix de Lorraine à Meudon, le monument à Duhamel du Monceau, la statue de Jacques Cujas à Toulouse, ainsi que des œuvres mentionnées comme les Portes de l’Europe ou le monument à Charles Péguy.
Une œuvre de prestige, de mémoire et d’institutions
Albert de Jaeger a développé un art de la commande au sens le plus noble du terme. Ses œuvres accompagnent les institutions, les anniversaires, les distinctions, les cérémonies, les hommages et les grandes figures publiques. Elles ne sont jamais purement décoratives : elles ont pour fonction de transmettre une mémoire, d’incarner une autorité, de donner une forme matérielle à l’honneur ou à l’histoire.
C’est ce qui explique la permanence de son nom dans l’univers des distinctions. Le cas du Prix Galien est à cet égard exemplaire : une médaille conçue par Albert de Jaeger demeure aujourd’hui encore associée à l’un des grands prix de l’innovation médicale. Cette survivance donne à son œuvre une actualité rare.
Les dernières années et l’héritage
Dans les dernières décennies de sa vie, Albert de Jaeger poursuit une activité foisonnante depuis Meudon. Il organise sa production autour de grandes familles d’œuvres : monuments, bustes, portraits, médailles, commémorations, coffrets et pièces plus expérimentales. Il développe aussi des recherches plus modernes sur les formes et les matériaux. Son œuvre reste abondante, inventive et ouverte, jusqu’à sa disparition en 1992.
Aujourd’hui, son héritage se lit à plusieurs niveaux : dans les pièces conservées par la famille, dans les collections publiques et privées, dans les archives, dans les éditions numismatiques, dans les monuments encore visibles et dans la circulation continue de certaines de ses médailles sur le marché ou dans les institutions. Albert de Jaeger n’est pas seulement un artiste du passé ; il demeure une référence majeure dans l’histoire française de la médaille et de l’objet honorifique.
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